
Les chaînes hertziennes arrivent sur l’écran sans abonnement, sans câble opérateur et sans connexion internet, portées par des ondes émises depuis quelque mille six cents émetteurs répartis sur le territoire. Ce mode de diffusion, le plus ancien encore en service, reste aussi le plus robuste : il ne dépend d’aucun réseau filaire et continue de fonctionner quand la fibre du quartier tombe.
Comprendre le trajet du signal éclaire la plupart des pannes. Un multiplex absent, une chaîne dupliquée, un numéro qui change tout seul : chacun de ces symptômes correspond à une étape précise de la chaîne technique. Suivre cette chaîne dans l’ordre, du pylône au tuner, transforme un dépannage aléatoire en démarche méthodique.
De l’émetteur au téléviseur : le trajet des chaînes hertziennes
Tout commence dans un centre de diffusion où les programmes, arrivés par fibre ou par satellite, sont compressés puis assemblés. Cet assemblage produit un flux unique regroupant plusieurs chaînes, leurs pistes audio, les sous-titres et les données de service. Ce flux est ensuite modulé sur une porteuse radio, amplifié, et rayonné par des antennes fixées en haut du pylône.
La diffusion emploie la bande UHF, une plage de fréquences comprise en France entre 470 et 694 MHz environ. Cette plage est découpée en canaux de 8 MHz, numérotés à partir du canal 21. Chaque canal transporte un multiplex complet, et un émetteur donné en diffuse généralement six.
L’onde se propage ensuite en ligne quasi droite, avec une légère capacité à contourner les obstacles par diffraction. Elle traverse mal la matière dense : un mur en béton armé atténue fortement, une toiture en tuiles beaucoup moins, une fenêtre presque pas. Cette différence explique qu’une antenne placée dans des combles fonctionne parfois correctement là où le même appareil échoue au rez-de-chaussée.
À l’arrivée, l’antenne convertit l’onde en courant électrique, le câble coaxial l’achemine jusqu’à la prise murale, puis le tuner du téléviseur démodule le signal, corrige les erreurs et décompresse l’image. Chaque maillon peut affaiblir ou polluer le signal, et le résultat final ne vaut jamais mieux que le maillon le plus faible.
Multiplex, canaux et numérotation logique

Le mot multiplex désigne le paquet de chaînes transporté par un même canal. Cette organisation explique un comportement qui déroute beaucoup de téléspectateurs : les chaînes disparaissent par groupes, jamais individuellement. Quand cinq ou six programmes s’éteignent d’un coup, c’est un multiplex entier qui n’est plus reçu, donc un canal précis qui pose problème.
La modulation employée s’appuie sur le principe de la répartition en un très grand nombre de porteuses étroites. Chacune transporte une petite partie du débit, ce qui rend l’ensemble remarquablement résistant aux échos. Un intervalle de garde inséré entre les symboles absorbe les réflexions arrivant en retard, à condition qu’elles restent dans la fenêtre prévue.
Cette robustesse autorise une particularité précieuse : plusieurs émetteurs peuvent diffuser le même multiplex sur le même canal, sans se brouiller. Ce fonctionnement en réseau isofréquence permet de couvrir un territoire avec un nombre limité de fréquences. Il a une conséquence pratique : une antenne mal orientée peut recevoir deux copies du même signal avec un décalage trop important, ce qui dégrade la qualité sans faire baisser le niveau.
| Élément | Rôle | Ordre de grandeur | Symptôme en cas de défaut |
|---|---|---|---|
| Canal UHF | Fréquence porteuse du multiplex | 8 MHz de large, canaux 21 à 48 environ | Un groupe entier de chaînes absent |
| Multiplex | Paquet de programmes assemblés | 5 à 7 chaînes selon la définition | Chaînes manquantes par blocs |
| Modulation | Mise en forme du flux sur la porteuse | Milliers de porteuses par canal | Image figée ou pixellisée par carrés |
| Correction d’erreurs | Reconstitution des données abîmées | Marge de quelques décibels | Décrochages par temps de pluie |
| Compression vidéo | Réduction du débit image | 2 à 6 Mbit/s par chaîne HD | Écran noir sur tuner trop ancien |
| Numérotation logique | Attribution du numéro de chaîne | Transmise dans le flux de service | Chaînes classées dans le désordre |
La numérotation logique mérite une explication. Le numéro affiché sur la télécommande n’a aucun rapport avec le canal physique : il est transmis dans les données de service du multiplex. Le téléviseur lit cette information pendant la recherche et range les chaînes en conséquence. Une recherche interrompue ou menée sur une liste ancienne produit donc un classement fantaisiste, sans que la réception soit en cause.
Ce que le tuner fait réellement du signal
Le tuner accomplit quatre opérations successives, et chacune peut échouer indépendamment des autres. Il sélectionne d’abord le canal demandé en filtrant tout le reste du spectre. Il démodule ensuite le signal pour reconstituer le flux de données. Il applique alors la correction d’erreurs, qui répare les octets abîmés pendant le trajet. Il décompresse enfin l’image et le son pour les envoyer à l’écran.
La correction d’erreurs explique le fameux effet de falaise. Tant que le taux d’erreurs reste dans la capacité de correction, le résultat est parfait, strictement identique à l’original. Dès que ce taux dépasse le seuil, la correction échoue brutalement et l’image se disloque. Entre les deux, il n’existe presque aucune zone intermédiaire, contrairement à l’ancienne diffusion analogique dont l’histoire est retracée dans notre article sur la fin de la télévision analogique.
L’étape de décompression conditionne la compatibilité du matériel. Un téléviseur ancien ne dispose pas du décodeur adapté aux normes actuelles : il reçoit correctement le signal, verrouille le canal, mais ne parvient pas à en tirer une image. Le symptôme est caractéristique, un écran noir avec du son parfois présent, ou un message d’erreur de format.
Le niveau d’entrée du tuner obéit à une fenêtre de fonctionnement. Trop faible, le signal se noie dans le bruit. Trop fort, il sature l’étage d’entrée et génère des produits d’intermodulation qui polluent les canaux voisins. La plage confortable se situe couramment entre 50 et 70 dBµV. Un atténuateur passif de 6 ou 10 dB, qui coûte moins de dix euros, résout élégamment les situations de surcharge en zone proche d’un émetteur.
Pourquoi certaines chaînes manquent et pas d’autres

La lecture des symptômes suit une logique simple. Une chaîne isolée absente pendant que ses voisines de multiplex fonctionnent renvoie presque toujours à la liste enregistrée, pas à la réception. La solution passe par une nouvelle recherche, détaillée dans notre pas à pas sur la relance de la recherche des chaînes.
Un multiplex entier manquant désigne au contraire un problème de réception sur un canal précis. Les canaux hauts de la bande souffrent davantage de l’atténuation du câble et des interférences des réseaux mobiles voisins. Les canaux bas passent mieux à travers les obstacles. Un tableau de niveaux relevé canal par canal fait apparaître immédiatement cette pente, et oriente vers la bonne correction : filtre, amplificateur mieux réglé, ou reprise du câblage.
Plusieurs multiplex absents simultanément pointent vers l’antenne ou la ligne. Orientation approximative, brins tordus par une tempête, connecteur oxydé, coaxial pincé par un passage de tuile : la cause est mécanique dans la grande majorité des cas. Reprendre le pointage selon la méthode exposée dans notre guide sur l’orientation vers le bon émetteur constitue alors le premier réflexe utile.
Le cas des chaînes en double mérite d’être signalé. Il survient quand le téléviseur capte le même multiplex depuis deux sites différents et enregistre les deux versions. Le remède consiste à vider la liste avant de relancer une recherche, ou à rendre l’antenne plus sélective.
Lire la pente des niveaux canal par canal
Un relevé complet des canaux reçus vaut mieux qu’une longue discussion. La plupart des téléviseurs permettent de sélectionner manuellement un canal et d’afficher ses indicateurs, ce qui autorise un tableau maison en une dizaine de minutes. Noter le numéro de canal, le niveau et la qualité pour chacun des multiplex détectés donne une image fidèle de l’installation.
Trois profils se rencontrent couramment. Une pente descendante régulière, avec des canaux bas confortables et des canaux hauts affaiblis, désigne une perte de ligne excessive : câble trop long, trop ancien ou de mauvaise qualité. Un plateau régulier avec un seul canal effondré indique une interférence localisée, souvent corrigible par un filtre. Un ensemble uniformément faible renvoie à l’antenne, à son orientation ou à sa hauteur.
Ce relevé garde également une valeur documentaire. Conservé sur une feuille glissée près du téléviseur, il servira de référence lors de la prochaine anomalie : comparer les valeurs du jour avec celles d’une installation en bon état permet de savoir immédiatement ce qui a bougé, sans repartir de zéro.
Les repères chiffrés à garder en tête
Quelques ordres de grandeur suffisent à cadrer n’importe quel diagnostic sur les chaînes hertziennes. Un canal fait 8 MHz. Un multiplex transporte cinq à sept programmes. Une antenne de toit correcte apporte 8 à 14 dB de gain. Un coaxial de qualité perd 15 à 18 dB par centaine de mètres autour de 500 MHz. Un répartiteur deux voies coûte 3,5 à 4 dB, un quatre voies 7 à 8 dB.
Le bilan de liaison consiste à additionner ces valeurs. Une antenne à 12 dB, une descente de 25 mètres coûtant environ 4 dB, un répartiteur deux voies retirant 4 dB : il reste 4 dB de gain net par rapport à une antenne seule. Si le signal de départ est faible, cette marge ne suffit pas et un amplificateur de mât devient pertinent, à condition d’être réglé et non poussé au maximum.
La règle du maillon faible clôt le raisonnement. Amplifier un signal déjà pollué ne le nettoie pas : le rapport entre signal utile et bruit reste identique. Un amplificateur ne compense que les pertes situées après lui, jamais celles subies avant. C’est pourquoi il se place au plus près de l’antenne, et non derrière le téléviseur, contrairement à ce que suggère la facilité d’installation.